Recettes et conformisme

Ou comment le génie culinaire est bridé par les génies culinaires.

La gastronomie, ou plus familièrement la cuisine, est un art délaissé, au profit de la faim insatiable et gargantuesque du monde occidental. Les logiques capitalistes de consommation régissent ce que naît dans nos assiettes, profitant d’une niche économique pour mettre ? disposition ces mixtures sans formes naturelles et aux saveurs chimiques.

La multiplication des livres de recettes façon grand-mère, est une fausse réponse au problème que rencontre l’art culinaire de nos jours. En effet, la recette est toujours considérée comme le modus operandi de la genèse d’un plat. Or, l’application ? la lettre de ces modes d’emploi n’inspire pas ? l’imagination ou ? la folie créative de celui ou celle qui se trouve au bout du manche de la casserole. C’est en persévérant dans cette démarche, que la gastronomie sera confinée au fin fond du placard des techniques et non plus des arts.

Prenons une définition de l’art : “Expression par l’être humain d’un idéal esthétique, d’un sens de l’harmonie ou d’un intérêt pour des recherches formelles ou conceptuelles”.

L’idéal esthétique dans notre cas, est un idéal des sens : vue, odorat, goût, toucher (ouïe ?). C’est un idéal qui touche ? la perfection harmonique. En effet, le met préparé doit émoustiller la sensibilité du spectateur/convive, si bien qu’il ne puisse penser que la meilleure fin pour ce spectacle est de rester en l’état, et non dans l’estomac.

Cette définition de l’art, reprend une notion importante, celle de l’intérêt pour des recherches formelles ou conceptuelles. Et c’est sur cet élément important, qui vient ? manquer ? l’accoutumée, que la gastronomie risque de se voir destituer de son rang d’art. La recette est naturellement une marche ? suivre, et rares sont les petits chefs qui manquent ? cette nature.

Comme bien souvent, le bien vient du mal, et la recette, connaissance héritée et transmise de génération en génération, de région en région, est un élément indispensable dans la recherche et l’invention culinaire. À la seule condition, que celle-ci soit considérée comme un matériel et non comme un plan. Alors dans ce cas seulement, l’art de la cuisine pourra se réinventer ? travers l’expérimentation malhabile de certains.

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